Label « Vin méthode nature » : qu’en est-il des vignerons et des consommateurs ?

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Nous en parlions il y a 10 ans dans notre « Green charter », et nous y sommes enfin ! La nouvelle est tombée cette semaine sur la presse nationale : l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité), la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) et le syndicat de défense des vins Nature’l ont acté d’une charte d’engagement pour la production des vins natures.

Pourquoi ce nouveau label fait-il son apparition ?


C’est suite à de nombreux excès de l’utilisation de cette dénomination (souvent affranchie du réel respect des valeurs prodiguées) que le nouveau label « Vin méthode nature » voit le jour. Il a pour but de répondre d’une démarche de qualité, de respect de l’environnement et du consommateur bien définie.

Jacques Carroget, vigneron du Domaine la Paonnerie et président du syndicat de défense des vins Nature’l (cité plus haut, qui est à l’origine de ce label), s’est exprimé sur la motivation de ce projet : « En 2019, la Répression des fraudes (DGCCRF) a épinglé une coopérative qui mélangeait vins conventionnels et vins nature pour diluer les teneurs en soufre » (cf. Ouest-France)

Que prévoit cette charte ?


« Notre syndicat rassemble pour le moment environ 250 personnes réunies dans trois collèges différents : producteurs, marchands de vin et consommateurs. Nous nous sommes mis d’accord autour de la définition suivante : un raisin bio, une vendange manuellepas d’intrants ni d’intrusion technologique. Une catégorie précise permettra l’usage de sulfites, à hauteur de 30 mg/l maximum. » continue Jacques.

Pour qu’elle ait une valeur et une légitimité auprès des consommateurs et de tous les collaborateurs viti-vinicoles (par rapport aux nombreux labels existants), cette charte sera bien entendu soumise à un protocole de contrôle :

« Les vignerons adhérents devront produire des analyses attestant de la teneur en soufre après mise en bouteille » explique Jacques Carroget. « Par ailleurs, trois domaines tirés au sort seront contrôlés chaque année notamment sur la traçabilité et la teneur en soufre. »

Le label sera décliné sous deux logos « Vin méthode nature » :

  • Le 1er mentionnera « sans sulfites ajoutés » (pour des vins aux concentrations de sulfites inférieures à 10 mg/l)
  • Le 2nd mentionnera « inférieur à 30 mg/l de sulfites ajoutés »

Retrouvez l’intégralité de cette charge ici.

Qu’est-ce que ce label changera pour les vignerons ?


Au-delà d’écarter les productions usant de manière abusive de l’appellation de vin nature, cette nouvelle charte semble surtout vouloir valoriser les vignerons. Les producteurs de vins natures sont, certains depuis de nombreuses années, dans une démarche de production profondément respectueuse de leur environnement au sens très large (faune et flore).

Nous le savons, produire un vin nature demande beaucoup de patience et d’optimisme, et même si nous ne sommes pas tous en capacité d’atteindre cette qualité de production, il est important, aujourd’hui plus que jamais, de valoriser ces initiatives.

Et pour les consommateurs ?


Ce n’est pas la première fois que l’on en parle sur ce blog : le BIO est au-devant de la scène depuis plusieurs années, et de plus en plus dans le secteur du vin. Ce n’est pas futuriste que de dire qu’il s’agit de la consommation de demain, et que cette consommation sera très bientôt une norme sociale.

Cependant, en 2019, 61 % des Français avaient une confiance mitigée dans les informations fournies sur les produits biologiques (51% disaient ne pas avoir assez d’informations sur l’origine de ces produits, 63% sur la réglementation en agriculture biologique et 63% sur le contrôle des produits biologiques*) : le BIO est donc, alors qu’il entre de plus en plus dans le caddie des Français, déjà remis en question !

Les Français ayant souvent l’impression d’être manipulés dans leur consommation, les attentes de plus de transparence et de respect, d’autant plus d’organismes prônant le respect de l’environnement et de l’humain, se font sentir.

*2019 – Baromètre « Agence bio »

Questionnement ouvert


  • Ce label trouvera-t-il sa place dans le cœur des consommateurs ? Se démarquera-t-il de l’existant ? Fera-t-il ses preuves ?
  • Les vignerons se prêteront-ils au jeu de cette distinction ? Quel impact économique peut-on espérer suite à cette labellisation ?

Le mot de la fin :


Tara, chargée de communication du Faiseur de vin, 24 ans

« Cela doit faire un an que, dans ma consommation quotidienne, je choisis de plus en plus de produits BIO, produits localement ou encore sans emballage. C’est un acte d’achat qui me donne l’impression de consommer proprement.

Je ne suis pas une très grande consommatrice de vin : j’en consomme à l’occasion, au restaurant ou lorsque je suis avec des ami-e-s. Pour autant, lorsque je choisis une bouteille, je suis toujours plus attirée par un vin prodiguant des valeurs : je pars du principe qu’un producteur qui cherche à respecter sa terre et me respecter en tant que consommatrice m’a d’entrée conquise à 70%. Le reste, ce sera le goût, mais je dégusterai cette bouteille avec déjà de bons aprioris, et je serai surtout fière de la présenter et d’en parler autour de la table.

Nous sommes la génération qui devra limiter les externalités négatives que nos prédécesseurs ont eu sur l’environnement, et cela commence, selon moi, par notre consommation régulière. »